Pourquoi peindre?
15/12/2008
C'est une question assez idiote en soi. On fait les choses, simplement, mais on ne se pose pas la question du pourquoi. La première réponse serait tout naturellement « ben parce que ! ». Mais au-delà de ça d'autres choses me poussent personnellement à peindre... Comme une force, un besoin.
Pendant plusieurs mois je n'ai pas fait de peinture, à deux reprises.... reprendre les pinceaux a été une libération....
Séquence confidence....
Souvent, dans les questionnaires complètement vides de sens une question est posée... « si vous partiez sur une île déserte et que vous ne pouviez emmener qu'un seul objet, lequel serait-il? » Moi ce serait mon sac de peinture. Ne pas pouvoir peindre, pour moi, peut être comparable à ne pas pouvoir lire ou écrire pour un écrivain, avoir le pied cassé pour un danseur, être aveugle pour un photographe... ça ressemble à peu près à ça.
Chacun possède des envies, des désirs, chacun de nous a sa manière bien particulière de s'exprimer. Certains sont très fort pour parler, expliquer, démontrer, prouver, réfuter, mais est-ce que la simple parole peut nous permettre de transmettre des choses plus subtile que de simples mots?
Les mots sont faciles à dire, une syllabe, une phrase, il n'y a rien de moins méchant pour faire passer une idée, pour partager un sentiment. S'il est si facile de dire, est-ce que certaines de nos paroles traduisent pour autant des sentiments si durs à nommer, à définir? Est-ce que ce qui est dit est sincère?
Je sais, par expérience, qu'il existe des mots qui sont aisément prononçables mais sans pour autant être emprunt d'une réelle sincérité. Ces mots sont ceux de l'amour, bien évidemment, mais aussi du doute, de l'angoisse... qui ne s'est pas déjà senti angoissé un jour sans pour autant en comprendre la cause et en donner une explication complètement fausse? Comment expliquer quand on ne sait pas sois-même ce qui ne va pas? Certaines expériences ne sont pas explicables, certains sentiments ne peuvent, et surtout ne doivent, se contenter de mots. Dire c'est bien, mais partager une réelle sensation ce n'est pas évident.
Moi, pour ça, je peins. Je n'ai pas de message à transmettre, je ne défend pas de cause, ma peinture n'est pas engagée, comme on m'en a déjà fait la réflexion ( le reproche?)... mais doit-on être engagé pour peindre? Je ne pense pas. Je peins au grès de mes envies, je peins surtout au grès de mes expériences, sereines, joyeuses, tristes ou encore traumatisantes. Je n'ai pas de message, certes, mais comment transmettre quelque chose mieux que par les sensations?
Certains vont écrire, et même très bien, les mots peuvent, lorsqu'ils utilisés avec finesse, créer aussi de réelles émotions, mais tout le monde n'a pas ce don de plume. Moi, je ne l'ai pas, et je ne m'en cache pas, mais je préfère mes pinceaux à mon plus beau stylo.
Ceux qui me connaissent savent que je ne parle pas beaucoup de moi, et surtout que je n'aime pas ça. Si bien sûr, ce que je fais, mes études, mes projets, ce qui ne relève pas du « très personnel » beaucoup de personnes en ont connaissance. Mais qui je suis réellement, il n'y a pas plus de deux personnes qui le savent, et pas forcément celles à qui on pourrait penser. Mes angoisses, mes peurs, pas celles de l'araignée scotchée à mon plafond quand je dors, les vraies angoisses viscérales, car il y en a, une seule personne en a connaissance, deux tout au plus. Il n'y a qu'au travers de mes tableaux qu'il est possible de comprendre ce que je cache derrière cette petite mine d'enfant calme. Mais encore faut-il en avoir les codes de décryptage. Ces tableaux me permettent de me rappeler qui je suis, ne pas oublier les choses que j'ai vécue pour pouvoir mieux apprécier ce que je suis maintenant.
Et là vous me direz « oui, mais tous tes tableaux ne représentent pas quelque chose! » Certes, les fleurs, les trucs comme ça, oui, it was just for the fun. Il y a quelques tableaux qui étaient destinés à être offerts. Ok, mais pourquoi? Pour faire plaisir? Oui, mais pas que. Pour moi, peindre est la seule chose qui me permette de me dévoiler sans rien dire. Je ne suis pas une grande bavarde, tout ceux qui me connaissent le savent. Je ne suis pas non plus une grande amie des jolis mots, je ne les manipule d'ailleurs pas très bien. Je suis confuse, pas très claire, je le sais et c'est pour ça que j'aime peindre. La peinture est mon moyen de communication. Lorsque je peins un tableau pour quelqu'un, c'est pour moi une preuve d'amour. C'est toujours le sens que j'y ai mis dans les tableaux que j'ai offert.
Seuls les gens qui ont réellement comptés pour moi ont eu un tableau réalisé pour eux et qui leur a été offert. Au total ça ne fait pas beaucoup de monde. Je ne compte pas dedans les tableaux de naissance (oui, il y en a 2 qui seront bientôt sur le blog!).
Une fois quelqu'un m'a dit qu'au-delà des mots, qui sont toujours faciles à prononcer, les intentions étaient plus importantes, plus significatives à ses yeux. Ma peinture porte de cela, entre autre. Une intention, il n'y a rien de plus sincère. Passer du temps à réaliser quelque chose pour une personne qui nous est chère, cela ne peut se faire sans une réelle conviction alors que bien souvent les mots sont et sonnent faux. Cela est bien plus porteur de sens qu'un mot facile à dire.
Peindre est aussi une manière de s'oublier. Tout comme la pratique du théâtre apporte une sensation de confiance, qui parfois a été perdue auparavant, la peinture m'apporte cette même sensation. Une maîtrise de la matière, maîtrise du geste, du sens, il n'y a rien de plus jouissif intellectuellement à mon sens. C'est un moment où l'on revient à soi. Peindre, on ne peut rien faire en même temps, c'est un moment entièrement dédié à une pratique où les mots n'ont pas leur place, seul avec la toile avec, comme seul confident le pinceau que l'on tient à la main. Une sorte de libération de l'esprit où seul cette sensation de maîtrise de soi se fait profondément ressentir. Peindre une toile est pour moment un moment véritablement intime, c'est un moment où je me sens forte mais où je me retrouve isolée. Isolée, mais par besoin, comme une introspection. Tout le monde ne comprendra pas cette nécessité, mais c'est pourtant mon moteur, comme bien des gens.
C'est par la peinture que je suis, et sans cela je serai bien terne.
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Mes petites nouvelles